Les Tuche, panthéon du cinéma français

Affiche film Les Tuche 3

Dans la famille beauf, donnez-moi… tout le monde, ça ira plus vite. D’un patelin perdu en pleine campagne au luxe monégasque, du far-west américain à la présidence de la République, et plus récemment à la tête d’une fabrique de jouets, Jeff Tuche et son iconique botte de foin vissée sur le cerveau – si tant est qu’il en ait un – ont sillonné le monde en représentant fièrement leur pays. En réalité, tout le monde connait la famille Tuche, et si les films peuvent déplaire, impossible d’en vouloir à cette très chère famille.

Une famille qu’au fond de soi, personne ne peut détester, un film pourtant souvent décrié. C’est le paradoxe de la légendaire famille Tuche, originaire de Bouzolles, vous savez, le chef-lieu du Limarais. Une décennie désormais que Jeff, sa femme Cathy, leurs enfants Stéphanie, Wilfried et Donald, et l’exubérante mamie Suze parcourent les écrans des cinémas français. Oubliez La Haine, Intouchables ou que ne sais-je encore, la référence du cinéma français, c’est bien évidemment Les Tuche.

Tuche pas à mon poste

Pour une comédie qui peint le summum de la beaufitude, les chiffres sont impressionnants : déjà plus de 14 millions d’entrées en salles sur la quadrilogie Tuche ont été recensées ! Le premier volet, sorti en 2011, dans lequel les Tuche emménagent à Monaco après avoir remporté le joli pactole de 100 millions d’euros à la loterie, a réuni 1,5 million de spectateurs. Le retour de la famille Tuche sur les écrans cinq ans plus tard est un carton : ce million et demi d’entrées est atteint en une semaine, et l’épopée américaine de ces amoureux de frites atteint finalement les 4,6 millions d’entrées.

Graphique box office les Tuche
100 millions d’euros et 14 millions d’heureux. (© C. Barbier)

Le troisième épisode, qui voit Jeff Tuche être élu président de la République, explose les records : 2,2 millions d’entrées en une semaine ; 5,6 millions au total. Le quatrième volume de l’aventure Tuche, où Jeff veut rétablir la magie de Noël, a pour l’instant cumulé 2,4 millions d’entrées, malgré une sortie en salles repoussée d’un an.

Mif et unie

Qu’on se mette d’accord avant toute chose : la meilleure MIF, c’est la nôtre, notre émission radio. Mais reconnaissons-le, celle des Tuche n’est pas mal non plus. Si l’aspect burlesque de l’écosystème Tuche prend le dessus, qu’il plaise ou déplaise, la famille intrinsèque est imperméable aux critiques.

Jeff est à lui seul plus beauf que tous les autres beaufs de ce monde réunis et pourtant, Dieu sait qu’il y en a : QI probablement inférieur à celui d’une huître handicapée, amoureux de la Renault Nevada, coupe de cheveux, fan de foot, banane accrochée à la taille, accent bien nordiste, bien ma sœur est aussi ma [aïe, censuré par la rédaction]. Pourtant, à travers cette caricature de l’archétype du franchouillard adepte du chômage, se distingue un père protecteur, prêt à beaucoup de concessions pour le bien de sa famille.

Cathy, maîtresse ès pomme de terre. Personne ne maîtrise mieux la transformation de la patate qu’elle. En purée, en gratin ou en frites, son panel de compétences en la matière est très apprécié du cocon familial. Mais son caractère émotif et son grand cœur la détachent de ce personnage risible.

Leur fille aînée, Stéphanie Tuche, nommée ainsi en raison de l’admiration de sa mère envers Stéphanie de Monaco, est la reine des michtos. Elle rêve d’être une star mais se trouve finalement plus ridicule qu’autre chose dans sa quête de succès. Le benjamin, Wilfried, un personnage attachant venu tout droit de la Lune, aurait dû s’appeler Wilfrite en hommage à la Sainte Pomme de Terre si la mairie ne s’y était pas opposé. Enfin, et c’est un mystère, le cadet Donald, alias Coin-Coin. Surdoué, d’une intelligence extrême, tombé du ciel ? Certainement. Quoique, l’intelligence et le savoir-vivre ne sont pas héréditaires, mais la question mérite d’être étudiée plus scrupuleusement tant Monsieur Je-sais-tout épate et survole la bande de demeurés qui lui sert de famille.

Photo famille Tuche
3 ; 5 ; 6 ; 1 ; 340 ; 0,5. Non, ce n’est pas un relevé de notes, mais les QI de la famille Tuche, de gauche à droite.

Voilà, un délicieux cocktail de gentils imbéciles inoffensifs qui, en tant que Français condescendants, nous permet de revoir à la hausse notre estime personnelle. Grâce à eux, le Français est fier, le Français se sent d’un coup extrêmement intelligent. Et le Français en remercie les Tuche.

Tu peux sortir un film, mais pas quinze…

La prochaine question qui subsiste est bien celle relative à la fin de la saga. Mais quand leurs histoires déjantées vont-elles bien pouvoir prendre fin ? Comme le dirait un célèbre philosophe : « Tu peux sortir un film. Mais pas quinze. Tu peux sortir deux films. Mais pas quinze. Tu peux sortir trois films. Mais pas quinze. Tu peux sortir quatre films. Quatre films. Mais pas quinze… »

Les Tuche semblent pourtant vouloir faire la totale, du paradis monégasque au rêve américain. Mais si son public apprécie tant leurs aventures… À quoi bon s’arrêter ?

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