Guide : (sur)vivre en France pour un étranger

La ville de Paris vue du ciel la nuit

Vous êtes étranger et vous débarquez en France, il va vite falloir s’acclimater. La photo est trompeuse : voici le guide pour survivre en terres hostiles. Oui oui, il va bien être question de cuisses de grenouilles. De bouffe en général. De grèves, de bises, d’insultes. Bref, nous, Français, vus par vous, chers étrangers, c’est par ici. Plongez-vous au cœur de l’un des vices les plus malsains qui soient, le jugement.

Bienvenue en France, bienvenue chez nous !

Commençons par le commencement : vous débarquez en France. Vous sortez de l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle et constatez la douce odeur de pollution qui vous brûle les poumons. Le brouhaha ambiant, les insultes fusant de toute part pour on ne sait trop quelle raison. Les coups de klaxons composant une symphonie comme Mozart ou Beethoven en auraient été jaloux parce que X a grillé la priorité à Y dans le rond-point, cet espèce de manège pour voitures.

Embouteillages à Paris sous l'Arc de Triomphe
Le dicton disait vrai : avec des « si », on mettrait Paris en bouteille. La preuve : Paris est la 2e ville la plus embouteillée du monde derrière Londres. (© Pixabay / jplenio)

Vous vous en apercevez rapidement, mais vous le saviez déjà. À l’étranger, le Français est perçu comme un sacré râleur. Mieux vaut rester sur le trottoir pour éviter les emmerdes et conserver un minimum de joie de vivre. Quoique… les quelques passants se plaignent du froid, d’autres pestent alors que les voitures s’accumulent derrière les feux rouges. Vous comprenez plus tard qu’il s’agissait du 37e jour de la grève SNCF, une spécialité locale.

Ah enfin ! Vous quittez l’ambiance nauséabonde de la capitale et arrivez chez votre hôte en province. Il vous tend les bras, approche son visage du vôtre. C’est déjà très gênant n’est-ce pas ? Heureusement, votre supplice s’avère de courte durée en Bretagne, une seule petite pression buccale à supporter. Néanmoins, pensez à ceux qui débarquent légèrement plus au Sud. À Nantes par exemple, ils s’y prendront à quatre reprises. À gauche, à droite, à gauche, à droite… De quoi donner le tournis et créer le malaise dès le début.

Pastis par temps bleu, pastis délicieux

Vous vous installez chez votre hôte, mais avant de passer véritablement à table, détour incontournable par l’apéro. Ce sera dehors, et qu’importe l’impact sur leur porte-monnaie, leur santé, et votre confort, ce sera clope à la main pour 28 % des Français, qui font de nous le 32e pays le plus fumeur au monde. Ah ces fumeurs… Comme dirait l’homme au téléphone à propos de Thérèse…

Graphique pays les plus fumeurs
L’OMS a publié une étude en 2015 auprès de 85 pays sur leur consommation de tabac. La France se place à un bien triste 32e rang. (© C. Barbier)

Vient le moment où vous trinquez, faites cogner vos verres les uns les autres en prenant bien soin de regarder la personne dans les yeux. Dites « tchin » ou « santé », paradoxalement donc pour un gros quart de la population. Vous goûtez à cet immondice de pastis, avec une furieuse envie de le recracher. Vous êtes poli donc ne le faites pas, et terminez timidement cette affreuse boisson, tout penaud.

Etranger, au repas sacré tu ne dérogeras point

Vous gagnez enfin la table après un apéritif qui s’est éternisé, et suivez un repas méthodologique dans cet ordre-là : entrée, plat, fromage, dessert, digestif. Et certainement pas un autre. C’est sacré. C’est comme ça. Et avec du pain. Et si c’est soir de fête, ça durera facilement plusieurs heures. Sacré, on vous a dit.

Alors, oui, manger des grenouilles ou ces affreux escargots baveux ne fait envie à personne, même pas aux Français d’ailleurs. En réalité, tout le monde préfère manger une bonne plâtrée de pâtes au gruyère ou au parmesan pour les palais les plus raffinés, mais franchouillards comme certains peuvent l’être, cuisses de grenouilles ou escargots peuvent effectivement être au menu de certaines tablées… Courage !

Repas français, vin rouge fromage
Plus Made in France et plus cliché, vous ne verrez pas. (© Pixabay / Oldiefan)

À table, vous subirez d’interminables débats politiques. Et ça râle encore, balance des insultes d’une violence inouïe à tout va – même si personne ne pense vraiment ce qu’il dit, vous allez devoir accepter d’être traité de toutes sortes de noms d’oiseaux. Une discussion largement animée par un léger enivrement au vin rouge, comme tout bon Français qui se respecte. Mais une fois le sujet balayé par une courageuse personne qui aura imposé le cessez-le-feu, vous prendrez plaisir à écouter les petits potins du coin. Viendra ensuite le tour du sacro-saint plateau de fromages. Très bien garni, il y en aura pour tous les goûts ; du chèvre à l’emmental, de la tomme de Savoie au brie en passant par le Saint-Félicien, le Pavé d’Affinois et le Coulommiers.

Dessert, café, digeo histoire de vous achever, de vous intégrer plutôt : après avoir passé des heures à refaire le monde légèrement alcoolisé, vous êtes gentiment convié à rester dormir chez votre hôte qui vous déconseille de prendre le volant dans ce sale état.

Retenez : on dit pain au chocolat [pɛ̃ o ʃɔkɔla]

Vous vous réveillez le lendemain en essayant de vous souvenir de ce qu’il s’est passé la veille. Mais vous êtes vite attiré par cette délicate odeur beurrée venue tout droit de la cuisine. Bingo, vous pensiez évidemment à eux : les croissants pur beurre, disponibles dans toutes les boulangeries de France et de Navarre, se cachent dans ce sachet en papier sur la table. Votre hôte, qui revient tout juste de faire ses emplettes, peste déjà (encore ?) : il les a payé 1.10 € l’unité alors qu’il y a dix ans, ils ne lui auraient coûté que 0.90 € pièce !

Pains au choloat
Ce qui divise la France. (© Pixabay / titopasini)

Vous ouvrez le fameux sachet, et en plus des croissants, se trouvent des espèces de brioches garnies de deux barres de chocolat. Des pains au chocolat ! Votre voisin bordelais qui se situe juste à votre droite peut bien aller se faire voir, parce que non, ce ne sont pas des satanées chocolatines, mais bien des « pains au chocolat« . Insistez, c’est une affaire d’Etat.

Sur cette prise de bec vous repartez, la panse pleine mais l’esprit libre et le cœur léger. Vous regagnez votre train, soupirez : il aura du retard, mais ça va, ce sera seulement deux heures. Vous ratez donc votre avion, prenez le suivant, soupirez encore mais esquissez un sourire nostalgique en coin : vous avez découvert la France et ses traditions les plus ancrées.

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