Le business du sexe Made in France : un fantasme économique

Gode sexe made in france

Créatives, dynamiques, mais peu nombreuses, les PME de l’industrie du sexe Made in France s’écharpent, comme n’importe quelle entreprise, pour leur rentabilité. Rencontres avec celles qui résistent, et celles qui tentent le coup.

Le marché du sexe Made in France est difficile à cerner aujourd’hui. « S’il y a au moins un cliché à faire tomber, c’est que ce marché n’est pas du tout l’Eldorado que l’on imagine. C’est un business de niche ! Les principaux acteurs rentables sont peu nombreux, voire, pour certains, en situation de quasi monopole », explique Stephen de Aulnois, fondateur du Tag Parfait, un média qui traite de la pornographie sous des angles économiques, dans une interview pour le site d’entrepreneurs Beaboss.

Le sex-toy Made in France, pas encore une succès story

Il n’y a pas de mal à se faire du bien ! Idée du désir, Les Gode de la Mère Michet, ou encore REEL Sex-toys… Ces marques ne vous parlent peut-être pas, et pourtant elles n’ont qu’une ambition : vendre du plaisir. La volonté d’exister sur le marché – très concurrentiel – du sex-toy peut s’avérer difficile. Entre coûts de production élevés et manque de visibilité, les sex-toys Made in France se font discrets.

La marque REEL conçoit des sex-toys Made in France, fabriqués en Plastisol, une texture plastique extrêmement proche de la peau. L’entreprise existe depuis 35 ans et vend ses produits à des grossistes, qui revendent à des sex-shops. « Moi, je vends un gode chez un grossiste à 9 euros. Mais il peut l’acheter pour moins de 1 euros en Chine », explique Hervé Pecqueux, chef de REEL Sex-toys. La société surfe sur son image de marque et sur sa notoriété, afin de faire perdurer la marque depuis 35 ans.

« Quand les gens achètent des sex-toys, ils sont attentifs à ce qu’il mettent dans le sexe de leurs femmes », poursuit le directeur. REEL mise sur une proposition de produits 100 % Made in France. Mais, « le marché du sex-toy classique avec une forme de phallus ne fonctionne plus tellement. On continue de vendre nos prothèses ceintures pour homme et femme mais, on vend de moins en moins de sex-toys classiques », assure Hervé Pecqueux.

« C’est difficile de se faire une place dans le sex-toy et le milieu du sexe Made in France en général. Au début, mon site a planté pendant plusieurs semaines parce que je n’avais pas mis les bonnes sécurités. Et puis la concurrence n’est pas tendre. Elle me plombait mon site tous les week-end. »

Pascal Dumas, artisan et créateur de la marque Idée du désir.

Fabriqué en 2014, Idée du désir est l’un des trois fabricants de jouets intimes sculptés en bois en France. Avec ce bois Made in France, l’entreprise propose une large gamme de produits, avec des formes différentes.

La marque est sur un haut plateau depuis le début de la crise sanitaire. Le premier confinement a notamment permis à la société de faire augmenter l’affluence sur le site internet et donc d’obtenir une meilleure visibilité. « Depuis le premier confinement, on a gagné 30 % de chiffre d’affaires. On est passé de 70 000 à 100 000 € de CA », se satisfait l’artisan.

Mais les coûts de production sont trop importants et les prix sont trop peu négociables. La marque ne peut pas se permettre d’obtenir moins de 30 % de marge par rapport à ses coûts de production pour être rentable. « Dans le milieu du sexe Made in France, la main d’œuvre française coûte très cher. Il faut aussi payer les charges et un webmaster qui gère le site », explique Pascal Dumas, qui constate qu’une production Made in France est difficile à rentabiliser.

« On mise sur un objet artistique et fonctionnel. Le problème c’est que la céramique est une matière moins connue que le silicone par exemple. On a besoin d’être pédagogue et de proposer des ateliers de personnalisation et des « apéros dildo » pour montrer la fabrication du produit et son fonctionnement. »

Charlotte Bosschaert, Co-créatrice de Les Godes de la Mère Michet

Créée depuis moins d’un an, Les Godes de la Mère Michet a vu le jour en pleine période de pandémie. Le site internet et les réseaux sociaux sont sortis de terre depuis avril 2020. La société propose des godes en céramique 100 % Made in France.

Cette toute jeune entreprise mise sur du 100 % Made in France et local, de l’emballage en tissu jusqu’aux matières premières. Leur objectif : gagner en notoriété via le référencement de leur site internet mais aussi, grâce aux réseaux sociaux. De plus, la marque espère miser sur la proximité avec des ateliers pédagogiques et de démonstrations.

Mais les difficultés se font déjà ressentir, explique Charlotte Bosschaert, la co-gérante :

Les sex-toys Made in France ne semblent pas avoir le vent dans le dos. Pour pouvoir se développer comme chacun le souhaiterait, ils doivent faire face à des coûts de production trop élevés. Les productions françaises sont demandées mais souvent pointées du doigt pour leurs prix élevés. C’est à se demander si, les personnes qui veulent des produits Made in France, sont prêtes à y mettre le prix.

La lingerie, des hauts mais surtout des bas

Laçage, matériaux légers et transparents, la lingerie sexy féminine mise sur la séduction, mais aussi sur le confort. Zoom sur FoliesbyRenaud, une marque de lingerie haut de gamme sexy et française. Depuis plus de 25 ans, cette entreprise conçoit et fabrique de la lingerie sexy à 90 % française. L’atelier, implanté à Rouen en Normandie, réalise des collections de vêtements Made in France, grâce au savoir-faire de ses 9 couturières.

La marque ne produit pas du luxe mais prétend concevoir du haut de gamme. Elle propose une gamme de produits variés : soutien-gorges, guêpières, strings, porte-jarretelles et des produits plus originaux et sexys comme les soutien-gorges seins nus ou des strings ouverts. Toutes les matières utilisées (soie, tulle, mousseline, etc.) sont Made in France.

L’atelier vend aujourd’hui 90 % de ses produits à des clients professionnels ou directement à des sex-shops en B to B. Une activité qui ne leur permet toutefois pas de vivre correctement : « On galère ! On existe depuis 30 ans et on n’est toujours pas connus aux yeux du grand public. Avant on vendait notre marque, mais ça ne marche pas vraiment. Donc pour survivre, on fabrique désormais de la lingerie mais, au lieu de mettre nos étiquettes, on met les étiquettes d’autres marques », déplore Christine Thiot directrice de l’atelier FoliesbyRenaud.

« Le problème, c’est que les modèles que je propose, vous les trouvez à 5 € sur n’importe quel autre site de vente de prêt-à-porter. Personne n’investit 200 € dans un modèle de lingerie pour une soirée. »

Christine Thiot, directrice de l’atelier FoliesbyRenaud

Le coût de production Made in France est cher pour l’atelier, mais ne leur rapporte pas grand chose. Par exemple, pour un soutien-gorge FoliesbyRenaud, il faudra compter environ 1,20 € de mousse, à peu près 3 € de tulle, puis 4 € de dentelle, et enfin toutes les fournitures, plus la main d’œuvre. En moyenne il faudra donc compter environ 12 à 15 € le soutien-gorge pour un professionnel. Un prix qui n’est pas du tout compétitif. Les industries peuvent acheter beaucoup moins chères leurs fournitures chez des grossistes. Pour environ 1 000 mètres de matière importée d’un pays de l’Est, le prix est divisé par 5. « Quand j’achète 200 m de dentelle de Calais à 3 000, alors que je pourrais les trouver à 50 €, je me demande si on ne devrait pas changer de fournisseur », constate avec discernement la directrice de l’atelier.

Pour pallier ces coûts de production élevés et un manque de visibilité dû aux fermetures successives pour cause de pandémie de Covid-19, la marque veut innover. « On essaie de trouver des influenceurs sur les réseaux sociaux et trouver des personnes avec qui nous pourrions travailler et fabriquer pour eux. Notre salut passera par là. »

Aujourd’hui, la marque qui existe depuis plus de 25 ans peine à se faire connaître et craint sa disparition. De plus, la moyenne d’âge des couturières de la société est d’environ 55 ans. C’est aussi un savoir-faire qui pourrait s’éteindre, si l’atelier n’arrivait plus à vendre.

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