Le succès des échecs en France

Jeu d'échec

Avec 56 000 licenciés, la France est l’un des pays les mieux pourvus en joueurs d’échecs. D’un jeu réservé aux intellos est né un sport cérébral unique en son genre, synonyme de succès. Reportage.

64 cases, 32 pièces, 16 blanches et 16 noires. Honneur aux joueurs qui déplaceront les blancs. Les échecs, jeu inventé par une communauté arabe au Xe siècle, ont connu une évolution assez fulgurante au fil des décennies en France, jusqu’au succès. D’une pratique inconnue, elle est effectivement devenue un loisir et un succès mondial, et peut-être bientôt un sport réellement considéré. C’est un peu le ressenti lorsque nous, journalistes de CoqEco by ISCPA, pénétrons dans les locaux du Lyon Olympique Échecs. 

Un certain succès chez les très jeunes

Enfants échecs
Les élèves de primaires se livrent au traditionnel tournoi du Lyon Olympique Échecs. (©Oscar Bertrand)

Ici, ce sont une cinquantaine de jeunes élèves de primaire qui se défient en face à face pour décrocher le 10ème Open de Lyon. Le vainqueur s’appelle Johan, et les échecs sont devenus une raison de vivre pour lui. « Mon papa m’a appris que je ne connaissais rien aux échecs, mais un jour, il m’a emmené faire un stage », a-t-il expliqué. « Pendant cette semaine, il y avait beaucoup de personnes qui me disaient que j’étais doué. Alors je suis allé sur Chesscom.com (un site de jeu d’échecs en ligne), j’ai eu de bons résultats donc je me suis inscrit. »

Des passionnés comme Johan, il y en a 56 000 – licenciés – à la fédération française des échecs, et surtout 400 000 écoliers touchés par le jeu. Vous le voyez venir. Eh oui, les échecs ont l’étiquette éternelle de sport d’intello, mais des championnats du monde sont organisés depuis 1886. En effet, la discipline vise à gagner du crédit auprès du public. Le numéro un français et douzième mondial, Maxime Vachier-Lagrave, n’a pas pu répondre à nos sollicitations, trop occupé à se préparer pour un tournoi mondial dans un mois.

Un sport, un vrai de vrai

Même loin du football, basket ou rugby, les échecs restent tout de même un business. Pour les commerçants vendeurs de jeux de société, ce jeu « touche toutes les populations », en témoigne Wilfried, gérant de Archi Chouette dans le centre de Lyon. « Une génération n’a pas connu les échecs et en achète maintenant. Pour nous, le phénomène est venu s’amplifier au moment du “Jeu de la Dame”. Il y a eu un engouement autour des échecs. »

Jeu de la Dame Echecs
Le jeu de la Dame, mini-série produite par Netflix en 2020. (©Oscar Bertrand)

Mais au-delà du succès rencontré par les échecs en France suite à la mini-série, la discipline vise à devenir un sport, bien plus qu’un jeu intellectuel, et ça, les spécialistes n’hésitent pas à le dire. « Je suis convaincu que les échecs sont un sport. Car la fédération française des échecs dépend du ministère des Sports et non de la jeunesse et de la vie associative », souligne en effet Wilfried. 

Convaincu par l’essor des échecs, Wilfried sait que les ventes continueront à tous les âges et grâce à un phénomène de mode.

« À Lyon, on a eu un maire, Michel Noir, qui était un fan d’échec. Il a vraiment poussé le Lyon Olympique Échec, qui a mis les fonds pour faire avancer la cause. C’est encore considéré par les fédérations comme un sport. Selon moi, le débat n’a pas de sens, c’est un débat de subvention. Les associations dépendantes du ministère des Sports bénéficient des subventions, alors qu’elles n’en avaient pas dans le cas contraire. »

Réussite des magasins de jeux.
Les clients sont de plus en plus nombreux dans les boutiques de jeux de société. (©Chemssdine Belgacem)

« La compétition sportive n’est pas la vocation des clubs d’échecs en France »

Patrick Galante, président du Lyon Échecs Avenir

Un engouement populaire pour les échecs en France, dont le succès n’est plus à prouver. Pas assez, néanmoins, pour ériger cette pratique au rang de sport dans l’Hexagone. À Lyon, Patrick Galante a créé le Lyon Échecs Avenir, un club qui prône des valeurs familiales. « Nous voulons partager les valeurs de ce jeu, avoue le président de LEA. Notre but est de former les jeunes générations à la pratique des échecs. »

Les jeux d'échecs ont du succès dans les boutiques de jeu en France.
Les jeux d’échecs se vendent entre 17 et 100 euros en moyenne dans les boutiques. (©Oscar Bertrand)

Alors amateur d’échecs depuis de longues années, il constate une nette professionnalisation de cette pratique au fil des ans. Une tendance certes, mais une tendance qu’il ne suit pas avec son association, comme de nombreuses autres en France. « Néanmoins, il est vrai que ces valeurs commencent à se démocratiser dans la pratique des échecs. Ce phénomène se passe surtout chez les grands joueurs, qui jouent à un certain niveau. Donc c’est assez minoritaire encore et ça n’est pas la vocation de la plupart des clubs en France. »

Chemssdine Belgacem et Oscar Bertrand

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